« Le monde a changé, mais les Etats-unis ne changent toujours pas »
Interview du Président du Nicaragua Daniel Ortega
Elena Rostova
Traduit par Gérard Jugant
Edité par Armando García
"Je pense que cette force spirituelle, disons, qui conduit quelqu’un au romantisme, cette force est déterminante pour continuer la bataille. Nous avons bataillé un long temps, une longue période, et cela seulement est possible quand il y a une force interne, intérieure, qui aide quelqu’un à rêver et à lutter pour que ses rêves se transforment en réalité [...]. Et qu’est-ce qui nous donne cette force, cette vigueur? Cette capacité de rêver. Et qu’est-ce qui nous donne la vigueur pour continuer à défier la réalité? Parce que la réalité est épouvantable, est terrible... Mais nous ne pouvons cesser de rêver. Je crois que l’humanité ne peut cesser de rêver, parce que le jour où nous cesserons de rêver, nous mourrons!"
Elena Rostova: Avant tout, Commandant, merci beaucoup pour votre présence parmi nous aujourd’hui.
Daniel Ortega: Merci à vous qui nous donnez l’occasion de communiquer, en langue espagnole, avec l'audience télévisée.
A une époque, le Nicaragua a décidé de s’éloigner de la ligne politique que vous aviez marquée pour passer au libéralisme; 16 années plus tard, le peuple nicaraguayen a décidé de revenir au Sandinisme. Quelles solutions, croyez-vous, le système antérieur ne fut-il pas capable d’offrir -pour que les gens remettent en question le chemin à suivre?
Dans la situation antérieure, dans la première étape de la révolution, le problème fondamental a été l’agression des USA, la guerre, le blocus qu'a promu le gouvernement dirigé par Ronald Reagan, et qui a affecté les programmes sociaux, les programmes productifs -et en dépit de cela, nous avons fait de grands progrès. Mais indiscutablement la guerre crée un climat de terreur, de crainte dans la population nicaraguayenne, de telle manière que, lorsque nous arrivons aux élections de 1990, le peuple doit décider entre la paix et la guerre. Et l’offre de paix à ce moment, ce sont les Etats-Unis qui la détiennent en disant : «nous t’offrons la paix », c'est-à-dire « nous n'allons pas continuer la guerre si le peuple nicaraguayen vote pour une option autre que le Sandinisme ».
C’est là, je dirais, la cause fondamentale du retour des forces conservatrices qui avaient émigré avec la dictature de Somoza, de leur retour au pouvoir au Nicaragua, au sein de l’Etat nicaraguayen.
Je faisais plutôt allusion à ce qui a fait qu’aujourd’hui les gens remettent en question le chemin à suivre? Qu’est-ce que le système libéral n’a pas pu solutionner -pour que les gens reviennent au Sandinisme?
Je dirais que le pays a eu l’occasion, durant 16 années de paix -la guerre avait alors disparu, il y avait l’offre des Etats-Unis, des gouvernants nicaraguayens soutenus par les Etats-Unis et par l’Europe- d’attirer le progrès, le travail, le bien-être, la santé, l'éducation, etc. Le résultat après 16 ans fut, au Nicaragua, une augmentation de l'analphabétisme. Je pense que c’est la démonstration la plus claire de l’échec des politiques néolibérales au Nicaragua, que c'est ce qui explique la détermination du peuple d’aller de nouveau avec le Front chercher une option en temps de Paix.
Comment évaluez-vous en général, à d'autres points de vue -sans parler uniquement de l’éducation, de la santé comme vous le faisiez maintenant - le développement du pays durant votre absence? A quel niveau peut-on parler d’une évolution, d’une marche arrière? Que s’est-il passé au Nicaragua durant ces 16 années?
Il y a réellement eu une marche arrière car cela s'est fait au détriment de la santé du peuple nicaraguayen, dès le moment où ont été privatisés par exemple les services basiques, l’éducation, la santé, la production et la distribution d’énergie. Il est clair qu'un peuple sans éducation ne peut opter pour le progrès et le bien-être, et de là, dans la mesure où se privatisait le système, les hauts indices d’analphabétisme et d'absence des étudiants, des enfants dans les salles de classe. Et l'impact sur la santé, n'en parlons pas !
Je dirais que le plus dramatique, dans le domaine des services de base, était l’énergie; au cours des années 2005-2006, le Nicaragua était un pays au bord de la paralysie, pratiquement dans l'obscurité, avec des coupures d’énergie de 14, 16 heures par jour. Ce sont les éléments qu'a laissés le néolibéralisme dans notre pays durant ces 16 années, et qu’il n’a pas été facile -et qu'il n'est toujours pas facile- de surmonter. Il n’est pas facile de surmonter, par exemple, l’analphabétisme. Nous sommes dans cette bataille, nous avons encore de l’analphabétisme !
Il n’a pas été facile d’affronter la démocratisation du service de santé, pourquoi? Parce qu'il ne s’agit pas seulement de soigner une population beaucoup plus grande qui vient chercher le service sachant que c’est gratuit -avant elle ne s’approchait pas car elle savait que c’était privatisé : elle demande en plus, maintenant, des médicaments. Cela multiplie les soins des médecins, des infirmières, qui se voient plus sollicités par la population avec plus de demande de médicaments. Et donc, nous sommes dans cette bataille.
Effectivement, il y a eu des coups très sévères aux conquêtes qu’avait apportées la Révolution, des coups très sévères, surtout dans le domaine de la santé, dans celui de l’éducation, dans le champs du régime foncier, par exemple. La Révolution avait distribué des terres entre les paysans, et là a commencé une bataille qui a engendré de l’instabilité dans le pays parce que, d'une part, les paysans luttaient pour qu’on ne leur arrache pas leur propriété et, [d'autre part], le Front soutenait les paysans dans cette lutte.
Dans ces conditions, qui prêtait à ce paysan pour qu’il travaille? Personne. Qui investissait dans ces propriétés? Personne. Maintenant nous sommes parvenus à surmonter cette situation, nous avons remis plus de 60.000 titres [de propriété] aux paysans qui ont résisté, aux coopératives, aux petits et moyens producteurs privés, etc..., ainsi qu'à des habitants qui avaient un lot de terre pour édifier leur logement -dont on voulait aussi les déposséder.
Durant votre première période à la présidence, le Nicaragua a entrepris des projets très ambitieux, dont une partie n'a pas réussi, n'a pu être réalisée avec succès -comme ce fut le cas des fermes d'Etat, dont on dit qu’elles ne sont pas parvenues à être suffisamment efficaces. Que propose cette fois le Gouvernement sandiniste pour la résolution de ces questions?
Je pense que, dans cette première phase de la Révolution, nous n’avons pas eu l’occasion de développer le programme révolutionnaire en paix, il s’est établi un climat de guerre. Finalement, tout était pour la défense du pays, tout était orienté à la défense militaire du pays, parce que nous avons souffert d’une agression. Et l'expérience des fermes d'Etat s'est réalisée sous un concept d’économie mixte, c'est-à-dire comme des entreprises étatiques -non pour en finir avec la petite ou moyenne entreprise privée, mais pour constituer un facteur mobilisateur de l’économie pour ces petits producteurs autour de ces entreprises étatiques.
Nous avons accordé une très grande importance à l’agro-industrie, c’est-à-dire qu'industrialiser l’agro signifiait capitaliser ces entreprises et, en même temps, transférer cette nouvelle expérience vers les producteurs de la zone. Mais les zones se sont converties en zones de guerre, et cela a empêché pratiquement l’expérience. Nous misions sur une économie mixte, c'est-à-dire des entreprises privées -tant dans le secteur agricole que dans la petite et moyenne industrie-, et des entreprises étatiques et mixtes -ou bien des investissements dans le pays. Nous n’avons pas eu l’occasion, comme je te le disais, de développer ce projet, ce programme.
Actuellement oui, nous avons l’occasion de développer ce programme, et je dirais que le premier pas a été de stabiliser le régime de propriété au Nicaragua. Parce que dans un pays où n’est pas stable le régime de propriété, on peut difficilement avancer dans le champ financier, dans le champ de l’investissement, il est impossible d’avancer! Et nous accompagnons cela de programmes de crédit avec des intérêts justes. Cela nous a été permis par la conjoncture latino-américaine... alors que nous sommes de retour au Gouvernement, au moment où se présente en Amérique latine une nouvelle situation favorable aux objectifs révolutionnaires du Front Sandiniste et des Nicaraguayens ; et favorable par conséquent aux intérêts des peuples latino-américains, aux changements qui se sont produits et dans lesquels nous nous sommes intégrés immédiatement via l’ALBA, l’Alliance Bolivarienne des Peuples de Notre Amérique.
Précisément je voudrais vous interroger là-dessus... Si nous parlons de ce qui se passe au Nicaragua, non seulement du point de vue de l’influence de tel ou tel gouvernement, mais que nous voyons les choses du point de vue mondial... Si nous prenons en compte que le monde a beaucoup changé, que les temps sont différents aujourd’hui, que sont autres les priorités, les problèmes, les circonstances en général, comment pourrions-nous comparer le pays que vous avez laissé alors, avec celui d’aujourd’hui? Quels aspects, diriez-vous, sont les clés pour comprendre la situation du Nicaragua d’aujourd’hui?
En premier lieu, je dirais que le contexte international d’une tendance bien marquée, je dirais irréversible, vers un monde multipolaire, favorise la lutte des peuples du Sud, tant en Asie, en Afrique qu’en Amérique latine. Je pense que cela est fondamental, il s’est ouvert un grand espace en ce sens.
Cela explique aussi l’avancée des forces socialistes, des forces révolutionnaires en Amérique latine et la capacité de résistance de Cuba dans ce contexte. Cuba a été déterminant, en toute logique, comme exemple, comme solidarité avec les peuples latino-américains en ces années où on avait provoqué la chute du camp socialiste.
Nous sommes restés, dirions-nous, sans un contrepoids face à ce qui était la politique expansionniste, impérialiste, dans le monde. L’Union Soviétique était un contrepoids à cette politique expansionniste et impérialiste, et a été déterminante dans la défaite du fascisme. Avec la disparition de l’Union Soviétique, l’Empire a senti que le moment était venu d’exercer sa pleine domination sur le monde.
Mais l’histoire a été autre, pourquoi? Parce que ce sont les peuples qui l’écrivent, en fin de compte. Et ici, dans la partie arrière des USA, dans ce qu’ils ont considéré comme leur arrière-cour historique, dans l’Amérique latine, surtout en Amérique centrale, nous sommes en train de vivre des changements, des changements comme jamais dans l’histoire de l’Amérique latine. A savoir, les rêves de ceux qui ont lutté pour l’unité de nos peuples, depuis Bolivar, Marti, Sandino, les combattants mexicains pour l’Indépendance; nous avons le Bicentenaire en Amérique du Sud, le Bicentenaire au Mexique... Hidalgo, Juarez, Diaz, tous les leaders, tous les processus qu'on a vécus en Amérique latine ; cette lutte, aujourd’hui elle devient réalité.
Aujourd’hui même se réalise la lutte pour l’indépendance, pour l’autodétermination, et surtout pour l’intégration et l’unité des peuples latino-américains et caribéens. Pourquoi? Parce que maintenant ce n’est plus un rêve; c'est même une détermination -qui a été prise récemment dans une réunion que nous avons eue au Mexique-, de créer la rencontre, l’organisme de tous les peuples d’Amérique latine et des Caraïbes. Nous l’avons déjà décidé, et nous sommes en train de travailler dans cette direction. C’est une preuve irréfutable des changements dont sont acteurs les peuples du monde et, dans ce cas particulier, d'Amérique latine.
Comment définiriez-vous au sein de cette nouvelle Amérique latine, comme vous dites, le rôle, la position du Nicaragua, ses relations avec d'autres pays en ce moment ?
Le fait que le Front sandiniste est de nouveau au sein du gouvernement au Nicaragua est indiscutablement une force qui pousse à l’intégration, à l’unité de l'Amérique centrale au milieu des complexités qui nous entourent -surtout à l'issue du coup d'Etat qui s’est produit au Honduras. Malgré cela, nous continuons à travailler pour l’intégration et pour l’unité centro-américaine, pour l’intégration et l’unité avec les Caraïbes, pour l’intégration et l’unité mésoaméricaine, c’est-à-dire que, du Mexique à l’Amérique centrale, à la Colombie, nous sommes dans ces débats; et maintenant, pour l’unité latino-américaine, dans cette grande association que nous avons proposée lors de la rencontre de Mexico. La prochaine rencontre se déroulera l'année prochaine au Venezuela.
Là se poseront les bases de cette grande organisation latino-américaine et caribéenne et où, indiscutablement, le Nicaragua a le poids que lui donne son histoire, que lui donne la réussite d’une révolution qui est parvenue à renverser la tyrannie somoziste, qui a réussi à libérer le Nicaragua de la dépendance totale à l’égard des Etats-Unis, et qui a ouvert un nouveau cap dans la région centro-américaine; parce que nous prenons en compte que lorsqu'a triomphé la révolution au Nicaragua, non seulement l’Amérique centrale, mais aussi l’Amérique latine, était pleine de dictatures militaires. Et il était clair que si des changements ne se produisaient pas, l’insurrection armée allait continuer à reprendre des forces, non seulement en Amérique centrale, mais dans toute l’Amérique latine.
Finalement se sont ouverts des processus de changement en Amérique latine, des processus de paix, dans ce cas en Amérique centrale, et cela pose maintenant les bases d’une nouvelle Amérique latine, qui arrive à augmenter sa puissance ; après l'établissement de ces bases, elle arrive à s'imposer ces dernières années. Disons que la victoire de la Révolution Bolivarienne, il y a maintenant dix, onze ans, a été un élément déterminant dans le regain des forces populaires latino-américaines et caribéennes.
Et la victoire du camarade Luiz Inacio “Lula” da Silva au Brésil, si elle n’a pas les caractéristiques de la Révolution Bolivarienne avec le camarade Hugo Chavez, oui a tenu et tient un poids spécifique, qui donne une connotation différente à l’environnement latino-américain et caribéen; c’est-à-dire un poids qui évolue plus en direction des forces progressistes, socialistes, révolutionnaires, que vers les forces conservatrices.
Vous avez parlé du cas du Honduras. Jusqu’à quel point vous le considérez comme un fait isolé, ou comme un symptôme, comme quelque chose auquel il faut prêter attention parce qu’il peut continuer à se produire?
Je pense qu’aucun peuple ne peut avoir confiance, c’est un principe. Parce que le coup au Honduras a été un coup pour les peuples latino-américains qui, quelques semaines plus tôt, étaient réunis avec le Président Obama à Trinidad et Tobago -le Président Obama annonçant des relations nouvelles avec l’Amérique latine... Ce coup a été lancé contre cette volonté qui s’est exprimée lors de la réunion de Trinidad et Tobago. Non seulement contre les peuples latino-américains, mais aussi contre la politique même qu’y a annoncé le Président Obama.
Cela veut dire que si les forces les plus réactionnaires des Etats-Unis sont capables d’organiser et d’exécuter des coups devant le Président, ne parlons plus de ce qui va se passer au fil du temps, de ces forces qui vont réussir finalement à s’imposer -indépendamment des propositions et des engagements pris par le Président Obama devant l’Amérique latine et les Caraïbes. La réalité nous dit qu'il n’a pu faire autre chose que d’accepter les règles du jeu des putschistes, de ceux qui ont organisé le coup depuis Washington, et qui ont utilisé comme base d’opération la base de Palmerola au Honduras.
Vous disiez que, même dans la politique des USA, se font des changements en faveur de l’Amérique latine. Comment pourrions-nous les définir? Quelle est votre évaluation du rôle que jouent les Etats-Unis dans la vie politique de l’Amérique latine aujourd’hui?
Je dirais que la situation latino-américaine oblige pour le moins la politique usaméricaine à tenir un discours différent de celui de l’époque de Bush, mais la politique des Etats-Unis ne parvient pas à se modifier. Je dirais que c’est plutôt un discours fait devant une réalité latino-américaine, quand Obama dit à Trinidad et Tobago qu’il veut lui des relations respectueuses, etc. Mais alors, comment expliquons-nous que les Etats-Unis soient impliqués dans le coup d'Etat au Honduras, à peine quelques mois plus tard? Et ensuite, les Etats-Unis se battent pour la reconnaissance du Gouvernement du Honduras, comment expliquons-nous cela?
Simplement, cela nous démontre que les Etats-Unis n’ont pas changé de nature. Cela veut dire que le monde a changé, mais les Etats-Unis ne changent toujours pas. Et cela est un problème non seulement pour l’Amérique latine, mais c’est un problème pour le monde entier, d’avoir là une puissance militaire, une puissance économique qui ne change pas ses politiques expansionnistes, ses politiques impérialistes.
Nous pouvons dire que jusqu’à maintenant les changements ont à voir avec le discours, mais non avec une réalité.
C’est cela ; ils continuent à agir comme ils ont toujours agi... une politique d’ingérence, une politique putschiste, une politique de menace. Ils continuent toujours la politique qu’ils appellent “de la carotte et du gourdin”, ils ont toujours combiné cette politique. Et aujourd’hui, l’Amérique latine, je dirais qu’elle a plus de dignité, plus de force pour affronter, pour résister à cette politique “de la carotte et du gourdin”. Nous avons plus de force, plus d’unité, plus de dignité, mais la politique est toujours là. Le message est toujours là, et ils ne se privent pas de le dire publiquement, y compris quand ils considèrent opportun de le dire publiquement, et ils qualifient et décident quel gouvernement est démocratique, quel gouvernement n’est pas démocratique, à partir de quoi?
Vous insistez sur le fait qu’il est fondamental d’établir des relations de respect mutuel avec les Etats-Unis. En ce sens, peut-on dire qu’il y a quelque avancée, avez-vous senti que les choses ont changé de ce point de vue?
Ce qui a changé c'est la méthode, pour le moment; je dis pour le moment, parce qu’ils n’ont pas les conditions pour faire un coup d'Etat au Nicaragua; s’ils avaient les conditions au Nicaragua pour un coup d'Etat, ils l’aurait déjà tenté, mais ils ne peuvent compter sur une armée, sur une police, ils n’ont aucun instrument militaire pour provoquer un coup d'Etat ; sinon ils l’aurait fait, ça j’en suis sûr.
Les conditions ne sont pas réunies pour lancer une guerre comme celle qu’ils ont lancée contre le Nicaragua dans les années 80; ils ne peuvent pas lancer cette guerre contre le Venezuela, ni contre la Bolivie ni contre l’Equateur, ils ne peuvent pas non plus la lancer contre le Nicaragua, pour le moment, il n’y a pas les conditions pour cela. Les conditions internes des Etats-Unis et les conditions latino-américaines ne le leur permettent pas, ne leur donnent pas cet espace, bien que logiquement les plans soient toujours là.
C’est-à-dire que le risque existe.
Le risque existe, la menace est toujours là.
Et que pourrait-on faire pour trouver une solution dans ce sens?
Renforcer l’unité et l’intégration latino-américaine. Dans la mesure où nous sommes plus intégrés, plus unis, alors nous serons plus respectés. Dans la mesure où nous sommes plus divisés, logiquement ils nous dominent plus facilement. C'est ce qu’a fait la politique usaméricaine en Amérique latine: nous diviser. Nous diviser pour nous dominer.
En revanche, dans la mesure où nous nous intégrons, nous nous unissons, alors l’interlocuteur n’est pas le Nicaragua face aux Etats-Unis, l’interlocuteur n’est pas le Venezuela, ni Cuba, ni la Bolivie ou l’Equateur; l’interlocuteur est alors l’Amérique latine et les Caraïbes. C’est là un interlocuteur qui a beaucoup plus de poids, et a la capacité de chercher, réellement, des accords dans un cadre de respect et d’égalité.
Comment évaluez-vous en ce sens les perspectives, si nous les voyons d’un point de vue plus pratique -pour le dire d'une autre manière? C’est-à-dire, nous disons qu’il y a des tendances en ce sens, qu’il y a une volonté de s’orienter dans cette direction. Mais à quel moment cette union de l'Amérique latine réussira-t-elle à devenir une réalité, quand sera-t-elle considérée, vue par les autres comme un sujet unique?
Je crois, je suis convaincu que nous vivons la première étape ; il y a déjà une décision unanime de toute l’Amérique latine et des Caraïbes de nous organiser dans cette communauté de nations latino-américaines et caribéennes. C'est la décision que nous avons prise à Mexico, et nous y avons pris rendez-vous pour l’année prochaine au Venezuela pour poser là-dessus les bases de cette nouvelle organisation qui, enfin, va unir, regrouper les peuples latino-américains et caribéens.
Comment faire pour pouvoir combattre, là-bas, les politiques de pays qui ont un point de vue totalement différent en Amérique latine? Comment faire pour arriver à une union, étant donné les moments de divergences importants... nous pouvons parler du Venezuela avec la Colombie?
Je pense à ce sujet qu’il y a un principe que nous partageons, c’est que chaque processus latino-américain a ses particularités et cela, nous devons le respecter; il y a des points sur lesquels nous allons converger, mais il y aura des points sur lesquels nous n’allons pas converger, surtout ceux qui ont à voir avec les relations entre les peuples, les gouvernements latino-américains, avec la communauté internationale.
Pour un Accord de Libre Commerce ou d’Association, comme on veut l’appeler, avec l’Europe par exemple -qui a déjà avancé dans ce sens en Amérique centrale-, indiscutablement la position de l’Amérique centrale serait beaucoup plus forte à l’heure des négociations avec l’Europe si nous tous latino-américains négocions ensemble. Je crois que pour cela il n’y aura pas de problèmes, nous convergerons tous. Nous convergerons tous pour rejeter tout type d’agression militaire de la part des Etats-Unis; nous convergerons tous quant aux conspirations contre les gouvernements latino-américains qui provoquent des coups d'Etat comme ceux perpétrés contre le Venezuela, comme ceux perpétrés contre le Honduras.
Nous sommes tous d’accord pour la levée du blocus de Cuba... ce Cuba où Fidel a réussi à exercer un leadership extraordinaire, durant 50 ans, pour défendre les idées que nous partageons tous, nous latino-américains.
Nous avons quantité de points sur lesquels nous convergeons. Nous convergeons tous sur la nécessité d’établir un nouveau cadre de relations avec les Etats-Unis. Lorsqu’on converse en privé avec les présidents latino-américains, si conservateurs soient-ils, ceux-ci n’approuvent pas que les Etats-Unis leur attribuent une note, par exemple...Quel gouvernement va accepter que les Etats-Unis soient le grand examinateur, qui attribue des points à un gouvernement, qui dise s’il pratique ou non la démocratie, s’il respecte ou non les droits humains, s’il combat ou non efficacement le narcotrafic? Qui les juge, eux? Cela crée des ressentiments.
De même sur le terrain économique, quand il s’agit de politiques protectionnistes, personne ne les partage! Les politiques protectionnistes des Etats-Unis, les politiques protectionnistes des Européens, personne ne les partage. Ce qui se passe, c'est que nous n’avons pas encore appris à établir cette unité latino-américaine; nous n’avons pas encore réussi à consolider cette unité latino-américaine, qui nous donnerait la capacité de négocier avec l’Europe, avec les Etats-Unis, avec le monde développé -capacité de négocier dans des conditions réellement justes et qui répondent aux intérêts de nos peuples.
Permettez-moi une précision, si j’ai bien compris... Vous dites que tous les présidents partagent cette opinion? Sans exception?
Moi en tous cas, dans l’expérience que j’ai eu lors de mes contacts avec les présidents tout au long de ces années, ils sont toujours, en privé, critiques de la politique usaméricaine, ils ne la partagent pas. Bien sûr, je ne peux parler de ceux qui en ce moment président l’Amérique latine, mais je suis sûr... Ils ne peuvent partager des politiques qui vont contre les intérêts de leurs peuples, de leurs Etats, de leurs nations, de leurs propres intérêts économiques!
En décembre de l’année passée, la Secrétaire d’Etat des Etats-Unis a manifesté sa préoccupation pour le rapprochement du Nicaragua avec l’Iran, et a averti des conséquences que pourrait avoir l’alliance avec ce pays. Comment avez-vous reçu, vous en particulier au Nicaragua, cet avertissement?
Typique des USA. C’est là où j’insiste pour dire que n’a pas changé la politique de l’Empire. C’est l’Empire! Ce n’est pas là la Secrétaire d’Etat qui exprime son point de vue, mais c’est l’Empire qui dicte sa décision. Et cela nous, nous le connaissons depuis l’avant-dernier siècle, et nous connaissons ces notes, ces messages des Etats-Unis qui ont signifié pour le Nicaragua des renversements de gouvernement, des invasions du pays.
Depuis l’avant-dernier siècle, le Nicaragua est envahi par des esclavagistes et des expansionnistes yankees des plus conservateurs, des plus réactionnaires. Le Nicaragua est envahi au début du siècle passé par les troupes usaméricaines, il n’y a rien de nouveau! C'est-à-dire que cela ne nous étonne pas, que nous le voyons comme normal : nous serions étonnés qu’ils ne disent rien, c’est cela qui nous étonnerait.
Ce type d’avertissement s’accompagne d’une pression sur le social, sur le politique, sur l’économique ou, dans ce cas, cela a-t-il simplement été un avertissement, une opinion?
Jusqu’à maintenant cela a été un avertissement, comme ils disent, un avertissement; cela n’a pas eu une importance au-delà de la déclaration.
Aussi a été assez polémique le pas qu’a fait le Nicaragua d’appuyer la décision des Républiques Caucasiennes d’Abjasie et d’Ossétie du Sud de déclarer leur indépendance. Beaucoup ont remis en question le sens qu'aurait cette mesure pour le Nicaragua, on a même parlé que c’était une mesure exotique. Quelles sont les justifications, à ce moment, à la base de votre conviction qu'il s'agissait d'une mesure opportune?
Nos principes, notre nature, comme peuple, comme nation, notre engagement pour la lutte pour l’indépendance de toutes les nations, aussi petites soient-elles, et le respect que méritent toutes les nations, aussi petites soient-elles.
Ici même, en Amérique latine, nous continuons à livrer la bataille pour l’indépendance de Porto Rico. Un peuple, une nation qui continue à se battre parce qu’elle est occupée par les Etats-Unis, en plein XXIe siècle! Nous continuons à nous battre pour que l’empire anglais, ce qui reste de l’empire anglais, se retire des Malouines, un petit territoire. Seulement pour cela nous allons cesser de lutter, nous allons renoncer à cela? Non! Simplement, si c’est un territoire qui appartient à la nation argentine, il doit retourner à la nation argentine. De même le territoire de Guantanamo, à Cuba, est un petit territoire, tout petit, peut-être aussi petit que l’Abjasie ou comme l’Ossétie; mais il appartient à Cuba, à la souveraineté cubaine, et doit revenir à la souveraineté cubaine.
Dans ce cas nous parlons de deux petits peuples qui ont leur identité, leur histoire, et qui se sont manifestés, pas seulement une fois, en faveur de leur indépendance. Nous ne pouvions hésiter alors de reconnaître l’indépendance de ces deux peuples.
Et maintenant que le temps a passé, vous continuez à croire que ce fut le pas correct?
Chaque jour qui passe, je me sens plus convaincu que ce fut le pas correct, bien sûr que oui!
A cette occasion, quand se sont passés les événements dans ces républiques, la Russie, d’une certaine manière, n'a pu maintenir une position neutre, pour avoir été attaquée directement par les forces armées géorgiennes, et cela a été une raison pour que certains interprètent la position du Nicaragua comme une manifestation d’appui à la Russie. Que peut-on dire à ce sujet? Jusqu’à quel point la décision d’appuyer l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abjasie a-t-elle influencé les relations avec la Fédération Russe, pour autant qu’elle les ait influencées?
Il faut prendre en compte que les relations du Nicaragua avec la Russie sont bien antérieures à ces événements d’Ossétie et d’Abjasie; que nos relations furent historiquement très étroites avec l’Union Soviétique et se développèrent en profondeur pendant toute la période de 1979 à 1990.
Je dirais que ce furent des relations extraordinairement justes, exemple de ce que doit être la relation entre les pays développés et les pays en voie de développement. Parce que là s’appliquait le principe, dont nous parlons tant maintenant, du commerce juste, de l’échange, de la complémentarité. On nous a malheureusement imposé la guerre, et qui allait nous donnait des armes pour nous défendre, si ce n’est la Russie, l’Union Soviétique? Dans ce cas, quel est le seul qui pouvait, à ce moment, opter pour se défendre... se défendre d’un côté parce qu'il était attaqué, et défendre la volonté de ces peuples? La Russie. De telle manière que, dans cette circonstance, notre position, logiquement, fut de reprendre à nouveau ce que déjà nous avions eu avec la Fédération russe, donc reprendre les relations historiques que nous avons eues avec le peuple russe.
Et quelles perspectives voyez-vous pour cette nouvelle étape des relations, parce qu’il y a eu une période d’éloignement, pourrions-nous dire? Maintenant que se renouvellent les relations, quelles perspectives voyez-vous?
Je dirais que déjà nous avons des résultats de ces relations : une coopération de la part de la Fédération russe au bénéfice du peuple nicaraguayen, la possibilité de trouver des produits nicaraguayens sur le marché russe; des investissements d’entreprises russes ici dans notre pays. Prenons l’exemple du cacao, il y a des projets en ce sens, des investisseurs russes sont venus faire les études correspondantes, afin de pouvoir même établir une industrie productrice de cacao dans notre pays.
Il y a les produits de la viande, récemment est venue une mission russe explorer la possibilité de transporter de la viande du Nicaragua à la Russie, et ici nous avons le canal, c’est un rêve le canal. Un canal sans la Russie nous ne pouvons pas l’imaginer au Nicaragua, un canal doit compter avec la participation de la Russie et de la communauté internationale indiscutablement, mais en premier lieu avec la participation de la Russie; le Venezuela est pleinement disposée à participer à la construction d’un canal pour le Nicaragua, qui est une oeuvre qui a toujours été dans l’agenda. Et cela a été, disons, le grand péché du Nicaragua... les conditions pour un canal. Pourquoi? Parce que c'est un péché face aux Etats-Unis, et par conséquent les Etats-Unis punissent le Nicaragua, parce qu’ils veulent avoir le contrôle de tout passage par la région centro-américaine.
Je sens que les relations avancent dans tous les domaines, les visites que nous avons effectuées à Moscou ont été très importantes ; toutes les accords souscrits là-bas ont fait avancer la coopération de la Fédération russe avec le Nicaragua.
Avec votre permission, j’aimerais vous poser quelques questions un peu plus, disons, personnelles... Durant cet entretien, nous avons beaucoup parlé des changements; maintenant, on ne peut s’empêcher de prendre en compte que vous êtes, pour le dire d’une certaine manière, l’héritier d’une génération de révolutionnaires avec une vision très définie, dirais-je, de la politique, de la vie en général. Qu’est-ce qui n’a pas changé? Que conservez-vous de cette vision?
Je considère qu’il y a des principes qui ont à voir logiquement avec les événements locaux et les événements internationaux, les principes qui nous disent: bien, mon engagement est pour promouvoir telles transformations... Le jour où au Nicaragua disparaîtra l’analphabétisme, alors nous ne parlerons plus de lutte contre l’analphabétisme. Le jour où dans le monde disparaîtra l’analphabétisme, ce ne sera pas plus non plus une priorité au niveau international. Par conséquent, tant qu’existe l’analphabétisme, cela continue d’être une priorité! La même que celle que nous avions en 1979. Cela continue d’être une priorité.
La pauvreté, la misère, les grandes différences qui existent dans l’économie globale, où se concentre la richesse dans quelques nations, pays, et dans ces pays pour quelques uns; et la pauvreté se distribue dans l’immense majorité de la population. Tant qu’existe la pauvreté, tant qu’existent les inégalités, nous devons continuer à lutter pour la recherche d’un chemin qui conduit vers l’égalité entre les peuples.
Maintenant je dirais que s’incorporent de nouveaux éléments dans l’agenda, qui n’avaient pas cette force en ces années. Par exemple, la question de l’environnement, c'est une question qui réellement maintenant tient une place prédominante, et se transforme en une revendication qui doit se faire en même temps... Si nous voulons lutter contre la pauvreté, nous devons lutter pour défendre l’environnement, pour récupérer les zones qui ont été détruites, pour récupérer la faune, la flore, etc.
Maintenant on voit bien clairement que la lutte contre la pauvreté doit s’accompagner d’une défense de la récupération de l’environnement, d’une lutte contre la contamination. El là vient le débat sur les Accords de Kyoto, débat qui demeure inachevé dans l’ultime réunion qui s'est tenue en Europe [Copenhague, ndt] et qui maintenant se déplace au Mexique. Pendant ce temps, si nous voulons affronter le problème de la pauvreté, sortir nos peuples de la pauvreté, le monde de la pauvreté et du sous-développement, parce que tous en cela nous convergeons, pour le moins dans les mots nous convergeons... il faut créer des conditions dans le monde! Comment? En le décontaminant, sinon nous allons tous périr. C’est aussi simple que cela... nous allons périr!
Ce sont là des éléments nouveaux qui ont surgi dans l’agenda global dans la mesure où l'on prend conscience de la gravité de la situation, dans la mesure où la science nous indique aussi la gravité de la situation. Ce n’est pas une attitude futile, elle dérive de l’analyse, de l’information, de la science, qui nous disent en toute clarté que nous nous empoisonnons et qu’il faut agir, et que ceux qui doivent agir en premier lieu sont les pays développés, ceux qui contaminent le plus, les Etats-Unis! Et les Etats-Unis reviennent dans l'arène. Ce n’est pas que nous voulons les y mettre, mais ce sont eux qui s'y mettent en contaminant et en refusant d’établir les contrôles pour baisser les niveaux de contamination.
Les droits de la femme, par exemple, ont aujourd'hui une force beaucoup plus grande que par le passé. Logiquement dans notre agenda, dans notre programme figuraient les droits de la femme, mais pas avec l’ampleur que sont maintenant les droits de la femme dans le monde; les droits de la jeunesse, les droits de l’enfance. Bien sûr, dans ce domaine nous avançons beaucoup, mais aujourd’hui, ce sont des droits qui se prennent avec beaucoup plus de fermeté, il y a une plus grande conscience sur ces droits. Sur le respect à l’option individuelle quant au genre, ce sont des éléments nouveaux ; la non-discrimination contre les personnes pour leurs choix personnels sont des éléments nouveaux dans l’agenda, et qui ne se posaient pas il y a quelques années. Nous avons des éléments nouveaux dans l’agenda qui enrichissent la lutte, mais qui aussi nous font voir qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.
Vous appartenez à cette génération de romantiques, aussi pour le dire d’une certaine manière, de ceux qui veulent changer, ou ont parlé quelquefois de changer le monde. Après tant d’expériences, maintenant face à la responsabilité, au défi de se trouver en charge de son peuple à nouveau. Sentez-vous que vous conservez cet esprit d’alors, ou que ce romantisme s'est converti en autre chose?
Je pense que cette force spirituelle, disons, qui conduit quelqu’un au romantisme, cette force est déterminante pour continuer la bataille. Nous avons bataillé un long temps, une longue période, et cela seulement est possible quand il y a une force interne, intérieure, qui aide quelqu’un à rêver et à lutter pour que ses rêves se transforment en réalité. Le retour du Front au Gouvernement est un rêve devenu réalité. Ici il y avait une quantité de gens qui juraient que le Front ne reviendrait jamais au gouvernement... encore moins que je reviendrais à la Présidence! Bon, et après 16 années dures nous revenons au Gouvernement.
Et qu’est-ce qui nous donne cette force, cette vigueur? Cette capacité de rêver. Et qu’est-ce qui nous donne la vigueur pour continuer à défier la réalité? Parce que la réalité est épouvantable, est terrible... Mais nous ne pouvons cesser de rêver. Je crois que l’humanité ne peut cesser de rêver, parce que le jour où nous cesserons de rêver, nous mourrons!
Depuis que vous avez commencé dans la politique réellement se sont passées beaucoup de choses, beaucoup d’années dures, beaucoup de coups, je suppose beaucoup de désillusions. Qu’est-ce qui vous permet de rester ferme dans vos convictions? Qu’est-ce qui vous permet de poursuivre avec cette capacité de rêver, comme vous dites?
Peut-être le fait que cela a été toute une vie, depuis que jeune garçon j'ai commencé cette bataille. A 14 ans pour la première fois, j’ai connu la prison, et il y avait une continuité, et chaque jour qui passe, simplement on s’engage plus. Avec qui? Avec ceux qui s'en vont tomber sur le chemin. Combien de camarades sont tombés dans la bataille? Des milliers sont tombés dans la bataille!
Par conséquent il y a un engagement de sang, avec le sang coulé, un sang sacré! Et c’est ça qui nous motive ; et avec ces gens qui continuent à faire confiance au Front, qui continue à avoir confiance en nous ; ces gens que nous rencontrons dans la rue vivent remplis d’espérance au milieu de la pauvreté, au milieu de la misère. Cela nous remplit de plus d’engagement et de plus de force pour continuer à batailler.
Une dernière question... Si cela était possible, que croyez-vous que dirait aujourd’hui Sandino en voyant ce qui se passe au Nicaragua?
Je crois que Sandino se battrait et dirait: il faut continuer la bataille! Et Sandino ferait la même réflexion que celle qu’il a faite quand les yankees se retirèrent du Nicaragua. Parce que les yankees ne réussissent pas à vaincre Sandino, et ils doivent se retirer; ils se retirent en janvier de l’année 33 du siècle dernier, et laissent s'organiser le piège pour assassiner Sandino en utilisant Somoza.
Mais quand les yankees se retirent du Nicaragua, Sandino donne une interview. Et on lui demande ce qu’il va faire maintenant que les yankees se sont retirés? Et l’objectif de Sandino avait été bien clair: “je lutte pour que les yankees se retirent du Nicaragua”. Alors, Sandino réfléchit: “maintenant la lutte est plus dure, est plus difficile, parce que nous affrontons un ennemi que le peuple ne voit pas, ne sent pas, comme l’intervention yankee”.
Et c’est ce qui se passe maintenant, nous affrontons un ennemi que le peuple ne voit pas ; en ce qui concerne cet ennemi, il le réprime, l’assassine, le torture, comme le faisaient les yankees ou le faisait Somoza; ça veut dire que l’ennemi pénètre, comment? à travers de la politique de la consommation, à travers des grands moyens de communication... Là est la pénétration de l’ennemi! C’est une bataille bien complexe, bien difficile, qui exige un haut niveau de conscience et de là l’importance dans ce siècle de la lutte. La lutte avec la pensée, avec les idées, se transforme en une bataille de premier ordre.
La lutte contre les moyens de communication, comme outil que nous avons aussi à notre disposition, c’est certain: l’ennemi les possède et est puissant, mais les peuples désormais aussi peuvent accéder à ces moyens de communication, surtout aux réseaux de communication qui se sont popularisés, les peuples peuvent accéder à ce type de médias. Il est plus difficile que les peuples puissent accéder aux grands moyens de communication, nous le savons. Ici, grâce à Dieu, nous avons la chance de compter sur quelques moyens de communication, le peuple a l’occasion de compter sur quelques moyens de communication. Mais je pense que c'est ce que dirait Sandino.
Mais il parlerait de son point de vue, comme une évaluation de ce qui s’est passé, de ce qu’il ont fait durant ces années, que dirait-il? Il serait fier, il serait en colère, il serait heureux? Quelle serait son évaluation?
Voyant sa réaction au moment où se retirent les troupes yankees -qui est une grande victoire, mais lui n’est pas euphorique, il ne se résigne pas-, mais il dit: “maintenant le danger est plus grand...”. Alors je suis sûr que le fait que son drapeau ait été à nouveau levé par le Front sandiniste, qu’avec son drapeau on ait réussi à renverser la dictature de Somoza et la domination yankee, telle qu'elle était établie alors; qu’avec son drapeau nous ayions réussi à revenir au pouvoir...cela le remplirait de fierté, parce qu’il dirait: la bataille continue. Mais il dirait aussi: “maintenant la situation est plus difficile, la bataille est plus complexe”.
Et un conseil qu’il donnerait... Que croyez-vous? Si Sandino pouvait donner un conseil maintenant à son peuple, dans ces circonstances, quel serait-il?
Je crois que Sandino parle en permanence au peuple du Nicaragua, et Sandino avait une phrase, une expression pour dire que quand il serait mort, là “les fourmis viendront lui parler ”, c’est-à-dire le peuple; et je dirais que le peuple vit en communication permanente avec Sandino. Et Sandino est celui qui nous dit tous les jours que nous devons aller de l’avant; et de là nous avons ce cri. Sandino vit, la lutte continue! C’est un cri qui est là, avec le cri de Patrie et liberté!, avec le cri de Patrie libre ou mourir!, que nous a laissé Sandino. Avec le cri Nous allons vers le soleil de la liberté ou vers la mort! Et si nous mourons, d’autres nous suivront!
A côté de tous ces cris, il y a ce cri de lutte permanente... Sandino est la lutte du peuple; ce qu'a fait Sandino, c'est incarner la lutte du peuple nicaraguayen. Je dirais que ça c'est l’importance historique de Sandino, cela a été une lutte qui s'est accumulée pendant des années... lutte contre l’empire anglais, contre l’empire yankee, lutte contre l’empire allemand. Tous ces empires ont commis des dégâts au Nicaragua. Ils ont piétiné la souveraineté nicaraguayenne! Sandino a réussi à incarner cette lutte parce que, face à ces agressions, toujours s'est développée la résistance du peuple nicaraguayen. Sandino a réussi à incarner cette lutte, à lui donner corps, à lui donner une âme, à lui donner une pensée, à la transformer en programme. Cela reste comme un instrument, comme une force morale du peuple nicaraguayen.
Merci beaucoup d'avoir été aujourd’hui avec nous.
Courtesy of Russia Today
Source: actualidad.rt.com
Publication date of original article: 23/08/2010
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