
L'écrivain portugais engagé vient de mourir à l'âge de 87 ans. Il avait reçu le prix Nobel de littérature en 1998.
José Saramago n'a cessé, tout au long de son œuvre, de revisiter à sa manière l'histoire du Portugal. Né en 1922, cet écrivain tardif (il avait plus de soixante ans quand il a connu ses premiers grands succès), appartient à la littérature née de la «révolution des Œillets», qui mit fin, en 1974, au régime salazariste. Relevé du sol, qu'il fait paraître en 1980, est issu de cette mystique du «beau rêve d'avril». Dans ce roman, l'écrivain conte la misère des paysans sans terre employés comme journaliers sur les grands domaines. Il ne faut pas oublier les origines de Saramago : fils de paysans pauvres, c'est un autodidacte, et son seul diplôme est celui de... serrurier, métier qu'il a exercé pendant trois années avant de travailler dans des bureaux puis de devenir journaliste. Il milita pendant des années dans la clandestinité au parti communiste. Il publia de loin et loin quelques livres, des romans, un recueil de poèmes. Rien de très important.
Il faut attendre les années 1980 pour qu'il accède à la notoriété avec Le Dieu manchot et, surtout, L'Année de la mort de Ricardo Reis. Dans ce roman, Saramago fait revivre la figure mythique de Fernando Pessoa. Les critiques louent son savoir-faire, son art de conter, sa fantaisie. Mais c'est par le scandale qu'il touche le grand public. En 1991 son iconoclaste Évangile selon Jésus-Christ lui vaut en effet d'être fustigé par L'Osservatore Romano, organe de presse officiel du Vatican, qui juge sa «vision substantiellement antireligieuse». Le romancier relit en effet les Évangiles à sa façon et affirme que Jésus a été l'amant de Marie Madeleine. Il présente en outre Jésus comme le jouet d'un Dieu qui, frustré de ne régner que sur le peuple hébreu, désire étendre son emprise sur le monde entier. La polémique devint une affaire d'État. Selon un ministre portugais, l'écrivain portait atteinte au «patrimoine religieux national». À la suite de ce scandale, Saramago quitta son pays. Il s'installa sur l'île de Lanzarote, dans l'archipel espagnol des Canaries.
S'il choqua les catholiques du Portugal et de l'Espagne, le ricanement voltairien du Portugais fut du goût des jurés du Nobel. José Saramago reçut en 1998 la prestigieuse récompense, l'Académie suédoise expliquant, dans ses attendus, que l'œuvre de l'écrivain «rendait tangible une réalité fuyante grâce à des paraboles par l'imagination, la compassion et l'ironie». Quand il apprit qu'il avait le Nobel, l'écrivain fit cette boutade : «C'est comme Miss Portugal, l'an prochain on l'aura oubliée...»
Depuis quelques années, ce grand lecteur de Montaigne, de Cervantes et de Kafka alimentait régulièrement un blog dans lequel il ne mâchait pas ses mots. Défenseur de la cause palestinienne, il avait à plusieurs reprises violemment dénoncé la politique israélienne dans les Territoires occupés. L'an dernier, Saramago n'hésitait pas à mettre en cause le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, le qualifiant de «délinquant». Saramago le blogueur prolongeait ainsi via Internet la mission qu'il pensait être celle de l'écrivain : tenir un discours sur l'état du monde.
La quasi-totalité de l'œuvre de José Samarago est disponible en français aux éditions du Seuil.
socio13.wordpress.com
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L'immortalité pour nous, ce serait un cauchemar
AUTEUR: Pedro DA NÓBREGA
Le décès de José Saramago, unique Prix Nobel de la littérature lusophone, nous laisse tous plus pauvres car son parcours est celui d'une grande conscience qui aura su rester fidèle jusqu'à son dernier jour à ses valeurs et à ses convictions forgées dans des conditions difficiles.
2008 - Dans cette interview, José Saramago défend un élargissement au Portugal de la solidarité avec la lutte des Palestiniens.
Esquerda.net

José Saramago était également connu pour son soutien et sa solidarité sans faille à la cause palestinienne et pour son rejet sans équivoque des actions politico-militaires israéliennes.
Esquerda.net
Avec la mort de José Saramago, la Palestine perd un de ses plus remarquables et estimables soutiens...
L'écrivain et Prix Nobel de Littérature en 1998, José Saramago, est décédé à Lanzarote ce vendredi 18 juin 2010, à l'âge de 87 ans.

proposé par Marie Ange Patrizio qui l'a aussi traduit et qui a cru me pièger... Magnifique définition du communisme comme un Etats d'esprit, et Sarmago nous révèle à nous-mêmes, mais ce n'est pas être sioniste que de dire que l'écrivain capable d'écrire des choses aussi justes, aussi fortes HORMONALEMENT, dit une connerie POLITIQUE quand il co
Par José Saramago (Le Monde Diplomatique - août 2004)
Dans un futur proche, des élections se dérouleront dans des pays aussi divers que l'Indonésie, l'Afghanistan, l'Irak ou les États-Unis. Née en 507 avant Jésus-Christ à Athènes, la démocratie serait le mode de gouvernement le plus naturel à l'homme et le moins mauvais de tous les systèmes politiques. Encore faudrait-il qu'elle fonctionne correctement et qu'elle ne soit pas dévoyée par des pouvoirs qui ne sont ni élus par le vote populaire ni contrôlés par les citoyens. Aristote, dans sa Politique [1], nous dit d'abord ceci : « En démocratie, les pauvres sont rois parce qu'ils sont en plus grand nombre, et parce que la volonté du plus grand nombre a force de loi. » Dans un second passage, il semble d'abord restreindre la portée de cette première phrase, puis il l'élargit, la complète et finit par établir un axiome : « L'équité au sein de l'État exige que les pauvres ne possèdent en aucune manière plus de pouvoir que les riches, qu'ils ne soient pas les seuls souverains, mais que tous les citoyens le soient en proportion de leur nombre. Ce sont là les conditions indispensables pour que l'État garantisse efficacement l'égalité et la liberté. »

Marx et Engels ont écrit dans la « Sainte famille » : « Si l'homme est formé par les circonstances, alors il faut former les circonstances humainement. »
Rien de plus clair, rien de plus éloquent, rien de plus riche de sens. Je n'avais pas encore trente ans quand pour la première fois, je lus ces mots. Ils furent, pour ainsi dire, mon chemin de Damas. Je compris qu'il m'aurait été impossible de tracer un chemin pour ma vie en dehors de ce principe et que seul un socialisme intégralement compris (donc, le communisme) aurait pu satisfaire mes aspirations de justice sociale.

A la lumière des derniers événements... retour sur la L ucidité de José Saramago (article publié initialement sur le site le 17 mars 2010)
Une fronde populaire lors d'une banale élection locale, une classe politique discréditée et un peuple lassé des alternances sans alternative. L'aveuglement des élites cédant le pas au déchaînement, la répression féroce comme crépuscule de la démocratie...

Les journalistes de nos télévisions et radios (pourtant payés pour se renseigner) n'ont sans doute, eux, jamais du tomber sur ne serait-ce que quelques lignes de José Saramago, et n'ont sans doute pas trouvé la moindre image -de lui- présentant suffisamment de compromission pour être susceptible de passer facilement dans leurs médias dégoulinants de servilité, d'arrogance et d'indigence politique,
« Naître les uns des autres »
« Le philosophe du roi, quand il n'avait rien d'autre à faire, venait s'asseoir à côté de moi, et il me ragardait raccomoder les chaussettes des pages et, quelquefois, il se mettait à philosopher, il disait que chaque homme est une île et moi, comme ça ne me concernait pas vu que je suis une femme, je ne lui prêtais pas attention, mais toi qu'en penses-tu, Je pense qu'il faut sortir de l'île pour voir l'île, que nous ne nous voyons pas si nous ne sortons pas de nous.