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Révolte contre l'UE et le FMI: la Grèce, l'Islande et la Lettonie pourraient montrer la voie

Les velociraptors économiques

100215:1802 22 articles Andrew Cockburn ** 8 min questionscritiques.free.fr mots

Par Andrew Cockburn

CounterPunch, le 14 février 2010 article original : "The Economic Velociraptors" "Nous ne voulons pas qu'une bande de routiers en colère se pointe à notre porte!"

Tandis que le Président Obama s'est lancé dans des commentaires obséquieux sur les PDG de JP Morgan et de Goldman Sachs, et qu'il leur dit à quel point il ne leur en veut pas pour les sommes colossales qu'ils ont gagnées, Wall Street a travaillé dur à faire ce qu'elle fait le mieux : appauvrir les gens. Ce mois-ci, ce fut le tour des Grecs et des autres Européens pauvres. Pour résumer, on a dit aux gouvernements, à Athènes et ailleurs, qu'ils doivent tailler au maximum dans les dépenses sociales et qu'ils doivent réduire leurs économies ou, sinon, ils ne pourront plus emprunter d'argent. La presse obéissante s'est étendue sur l'inquiétude des « investisseurs », selon lesquels les Grecs pourraient ne pas honorer leurs obligations, avec la crise que cela impliquerait pour l'euro et la possible désintégration de la devise européenne commune.

Par « investisseurs », comprenez les parieurs de Wall Street - banques, fonds spéculatifs et autres acteurs. Flairant le sang dans l'eau, à l'instar des requins, ils ont été très occupés à placer des paris énormes sur l'issue qui attendait les Grecs : feront-ils faillite ou seront-ils aidés par les Allemands ? C'est à travers les « CDS » (Credit Default Swaps), une forme d'assurance contre le défaut de paiement, de la part des Grecs ou de toute autre obligation, que ces « investisseurs » agissent. Comme d'habitude, ce type de protection - ou d'assurance, comme l'on dit - sera proposée par un fonds de pension ou quelque institution similaire cherchant à engranger un joli revenu sur les primes.

Les bonnes affaires engrangées par cette « protection » se résument aux hedge funds (les fonds spéculatifs) qui cherchent à faire de l'argent rapide, si les obligations assurées perdent de la valeur et que le vendeur doit mettre au pot. Entre les deux, se trouvent Goldman, JP Morgan, Bank of America ou d'autres grandes banques qui négocient ces titres entre acheteurs et vendeurs. Etant donné que ce marché n'a aucune transparence - les banques, sans beaucoup d'efforts, ont réduit à néant les initiatives parlementaires de réformer ce secteur -, les CDS prolifèrent et les profits qui en découlent sont énormes. Une fois que tout le monde a placé ses paris sur les CDS, les acheteurs commencent à faire descendre la valeur des obligations assurées - dans ce cas, celles des Grecs. La presse a fait ses choux gras sur un défaut de paiement imminent de la part de la Grèce, sur l'irresponsabilité financière des Grecs, etc. Au fur et à mesure que la valeur des obligations baisse, les vendeurs de CDS doivent rendre de l'argent aux acheteurs, « appel de marge ». C'est ce que Goldman Sachs a fait à AIG en 2008, garantissant ainsi la ruine de cette dernière.

Avec la Grèce « dans le jeu », le flux est alternativement monté et descendu. Alors que le sort de la Grèce va et vient, les vendeurs et les acheteurs ont gagné de l'argent, de même, bien sûr, que les banques qui se trouvent au milieu. Rien de tout cela n'a grand chose à voir avec l'état sous-jacent de l'économique grecque. Il n'y avait aucune raison particulière à ce que la Grèce connaisse une crise à ce moment précis, à part que c'était son tour. Joseph Stiglitz, l'un des rares économistes qui méritent d'être écoutés, a indiqué que l'économie de la Grèce n'est pas en situation de crise immédiate et que cela a été une attaque spéculative. Mais la plupart des commentateurs économiques ne sont pas payés pour rapporter les choses de cette manière. A la place, les Grecs ont été sommés de se remuer, de réduire les dépenses du gouvernement en licenciant des milliers de fonctionnaires (aggravant ainsi la récession) et de payer leurs dettes.

Dans la chasse aux bonnes affaires offertes par cette situation, la concurrence entre les majors, comprendre les institutions de Wall Street, a été féroce. Par exemple, quelqu'un a rapporté cette semaine à Der Spiegel, que Goldman-Sachs avait aidé la Grèce, de façon ignoble, à cacher la véritable dimension de sa situation d'endettement, au moyen d'échanges croisés de devises, qui ont impliqué « le gouvernement grec à émettre de la dette en yens et en dollars US, qui étaient ensuite échangés pour de la dette en euros au cours d'une certaine période de temps. Après plusieurs années, les devises devaient être échangées à nouveau dans la devise d'origine. » Bien que cela semblât être une bonne affaire, à court terme, pour les Grecs, à long terme, a rapporté Der Spiegel, cela devrait leur coûter très cher.

Ce reportage était clairement hostile aux intérêts de Goldman. Interrogé pour vérifier si cela était néanmoins vrai, un ancien fonctionnaire du Trésor américain m'a dit que cette histoire, « très exagérée », avait été révélée par un concurrent de Goldman, « Lazard, JP Morgan, Deutsche - choisissez ! », ajoutant que « les velociraptors se dévorent entre eux dans un combat à mort ». De tels propos aussi nets ne sont évidemment pas courants à la Maison Blanche, où Obama préfère le terme « entrepreneurs astucieux » à tout autre chose qui évoquerait des prédateurs effrayants et carnivores, du moins lorsqu'il se réfère aux PDG de JP Morgan et de Goldman, Jamie Dimon et Lloyd Blankfein. C'est ce qui ressort d'une interview qu'il a accordée récemment à Business Week.

(Selon l'ouvrage d'Andrew Ross Sorkin « Too Big to Fail » (Trop gros pour couler), Blankfein a accroché une caricature de Gary Larson sur un mur de son bureau. Celle-ci montre un père et son fils qui observent par-dessus la clôture du jardin une rangée de loups qui entrent dans la maison voisine. « Je sais, Robert, que les Martin te manqueront », dit le père, « mais c'étaient des gens faibles et stupides et c'est pourquoi il y a des loups et d'autres grands prédateurs. ») Juste au moment où d'autres membres plus pauvres de la famille européenne regardaient avec soulagement les Grecs en prendre pour leur grade, tandis qu'eux-mêmes y échappaient, une rumeur a balayé Wall Street, selon laquelle Stanley Druckenmiller, le maître du puissant fonds spéculatif Duquesne Capital, s'apprêtait à faire subir le même traitement au Portugal. Instantanément, les CDS, c'est-à-dire des paris, contre les malheureux Portugais ont monté en flèche, accordant aux Grecs un peu de répit, avant que la meute ne se déplace à nouveau pour massacrer l'euro lui-même.

Mais, tandis que les parieurs dévastent les très anciennes nations, quelques-uns d'entre eux, du moins, pourraient récolter ce qu'ils méritent, plus près de chez eux. Les lecteurs de CounterPunch se rappelleront que lorsque Goldman et d'autres à Wall Street ont cherché à ruiner la grosse compagnie de transports routiers YRCW à Noël, en sabotant la réorganisation de leur dette, tout en pariant sur le défaut de paiement et la disparition de cette entreprise - éliminant ainsi 30.000 emplois -, les Routiers ont réussi à se mobiliser et ont forcé les coupables à faire machine arrière. « Nous avons débouclé notre position précipitamment », m'a déclaré plus tard un opérateur de fonds spéculatif, et, en s'essuyant le front, au sens figuré, « nous ne voulions pas qu'une bande de routiers en colère se pointe à notre porte. »

Cependant, tandis qu'il menaçait de monter des piquets de grève dans les locaux de diverses institutions (financières), le Président du syndicat des routiers, James Hoffa, a également contacté les procureurs de divers Etats, résumant le plan alors en cours pour mettre cette entreprise en faillite. « Avec tout notre respect, nous vous exhortons », écrivait Hoffa le 22 décembre, « à examiner attentivement la promotion douteuse par ces firmes financières des CDS sur les obligations de YRCW. Evidemment, les CDS sont essentiellement des produits d'assurance qui nécessitent une surveillance étroite. Toutefois, il n'est pas exigé des émetteurs de CDS qu'ils se conforment aux obligations strictes des régulations de l'assurance. Nous pensons que quasiment aucunes de ces régulations n'ont été suivies dans cette affaire. Ainsi que nous l'avons indiqué, l'injection par ces firmes financières de CDS dans l'offre d'échange d'obligations de YRCW semble calculée pour manipuler le cours de l'action de YRCW et de ses obligations et les faire s'effondrer, détruire les tentatives de sauver une grosse entreprise américaine de transport routier, et, sinon, escroquer les divers actionnaires en créant une prime pour des détenteurs d'obligations et autres, afin d'encourager la faillite de l'entreprise.

CounterPunch vient d'apprendre qu'au moins quelques-uns des fonctionnaires d'Etat chargés de faire respecter la loi et qui ont été contactés par ce syndicat s'apprêtent à prendre des mesures. Les fonctionnaires de Pennsylvanie, de l'Alabama et du New Jersey ont alerté la SEC (Securities and Exchange Commission - le gendarme de la bourse de New York) ; la Pennsylvanie a mis la commission boursière de l'Etat sur l'affaire et l'Alabama envisage des poursuites judiciaires.

Que l'un d'entre eux se retrouve sur le banc des accusés et ils pourront, sans aucun doute, se défendre en disant qu'ils ne faisaient qu'agir comme des « entrepreneurs astucieux ». Nous sommes tous « en jeu ».

Andrew Cockburn est le co-producteur du documentaire sur la catastrophe financière American Casino

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