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Retraites : il n'y a pas de fatalité démographique, par Jean-jacques Chavigné

100121:1746 8 articles retraites * 7 min contreinfo.info mots

En 40 ans la richesse de notre pays doublera. C'est le point aveugle de tout débat sur les retraites. Jamais cet aspect déterminant de l'avenir économique n'a pu être publiquement débattu.

Par Jean-Jacques Chavigné, Démocratie & Socialisme, 18 janvier 2010 - extrait

Si l'on en croit la droite, le Medef et les principaux médias, nos retraites seraient victimes d'une véritable fatalité démographique. A la fin des années 1990, tout ce beau monde annonçait que le taux de fécondité allait s'effondrer. En réalité, les démographes se sont aperçu qu'il n'en était rien et que la France était l'un des pays d'Europe où le taux de fécondité était le plus important (1,9 au lieu des 1,8 prévus). Les femmes n'avaient pas renoncé à avoir des enfants mais différaient leur arrivée à un âge plus avancé.

Quant aux nombres de retraités, il devrait certes augmenter de près de 63 % (selon l'INSEE) entre 2006 et 2050 : de 13 millions de retraités en 2007 à 21 millions en 2050. Mais cette augmentation sera le produit de deux facteurs, pesant chacun de l'ordre de 50 % dans cette augmentation : l'arrivée à l'âge de la retraite de la génération du baby-boom (les personnes nées entre 1945 et 1975) et l'allongement de la durée de la vie.

Ces deux facteurs n'ont pas la même durée. Le premier est limité dans le temps. Entre 2036 et 2040 commenceront à arriver à la retraite les classes « creuses » qui ont suivi le baby-boom. Le nombre de nouveaux retraités diminuera alors brutalement.

Quant au second, il n'a pas l'importance qui lui avait été donnée au début des années 2000. Selon le rapport du Conseil d'Orientation des Retraites (COR) de 2007 « la mortalité baisserait moins, conduisant en 2050 à une espérance de vie à la naissance inférieur à celle des anciennes projections, de 2 ans pour les femmes et de 0,5 ans pour les hommes ». Le nombre de retraités en 2050 serait donc inférieur de 650 000 aux prévisions antérieures. L'allongement de l'espérance de vie serait de 1,1 ans tous les 10 ans, soit 0,44 trimestres tous les ans et donc très loin du Medef et de son affirmation d'un allongement de l'espérance de vie d'un trimestre tous les ans.

Le même rapport du COR précisait que le solde migratoire doublerait par rapport aux précédentes prévisions : 100 000 personnes de plus chaque année au lieu de 50 000.

Au total, en 2050, « on compterait environ 69 personnes de 60 ans et plus pour 100 personnes de 20 à 59 ans ». Ce qui est, bien sûr, plus élevé que la proportion de 2006 : 47 personnes de 60 ans et plus pour 100 personnes d'âge actif. Mais nous sommes très loin des scénarios catastrophes agités à la fin des années 1990 et au début des années 2000 : 81 personnes de 60 ans et plus pour 100 personnes d'âge actif. Cela signifie que la population en âge de travailler ne subirait donc pas, entre 2006 et 2050, la diminution de 4,1 millions de prévue par ces mêmes scénarios catastrophes, mais resterait stable.

Il ne suffit pas d'être d' « âge actif »

Il ne suffit pas d'être âgé de 20 à 60 ans, encore faut-il avoir un travail. Car le chômage pèse très lourdement dans les difficultés de financement des régimes de retraite.

Le nombre de chômeurs réels, si l'on inclut les personnes dispensées de recherche d'emploi, celles qui ont renoncé après de multiples essais infructueux, celles qui ont été arbitrairement rayées des listes du « Pôle emploi », celles qui ont été comptabilisées dans d'autres catégories que la catégorie 1, s'élève, au minimum, à 3 millions.

Si l'on ajoute à ces chômeurs à plein temps, toutes les personnes qui travaillent à temps partiel ou n'ont qu'un travail saisonnier et souhaitent un travail à temps plein, c'est à un total d'environ 5 millions de chômeurs que nous arrivons.

Il est évident qui si ces 5 millions de chômeurs (partiels ou complets) avaient un emploi à plein temps et que des cotisations retraites étaient versées en conséquence, les finances des caisses de retraites s'en porteraient beaucoup mieux.

Dans une telle hypothèse, les caisses des régimes de retraite seraient aujourd'hui largement créditrices. Cela ne serait pas suffisant dans la perspective de 2040 et cela ne permettrait pas de revenir sur les réformes imposées par la droite mais ce serait quand même une bonne partie du chemin qui serait accomplie.

En 40 ans la richesse de notre pays doublera

C'est le point aveugle de tout débat sur les retraites. Jamais cet aspect déterminant de l'avenir économique n'a pu être publiquement débattu. Le Medef, le gouvernement tirent des plans sur la comète en oubliant cette donnée essentielle. Ils raisonnent (tout haut) comme si la richesse de notre pays n'allait pas évoluer au cours des 40 prochaines années et que c'est donc à richesse constante qu'il faudrait financer une augmentation de 63 % du nombre de retraités. Ils raisonnent (tout bas) en espérant que les profits pourront capter la partie de ces nouvelles richesses qui auraient dû revenir aux retraités.

Pourtant, dans les 40 années à venir, avec un taux de croissance moyen de 1,7 % par an, la richesse de notre pays aura doublé en 40 ans : de 1700 milliards d'euros environ à 3 400 milliards d'euros. Et il s'agit d'euros réels, une fois neutralisé l'inflation et donc d'une véritable augmentation de richesse, une augmentation considérable.

Certes, il faudra pour cela que l'économie mondiale évite l'écueil d'une nouvelle crise du type de celle que nous sommes encore en train de subir. Mais si tel n'était pas le cas, ce n'est pas uniquement notre système de retraite qui serait remis en cause. Comment, en effet, avec le niveau atteint par les déficits publics, les banquiers centraux pourraient-ils faire face à une nouvelle crise bancaire, sans que cela soit l'ensemble de l'économie qui s'effondre comme un château de cartes ?

Pour faire face à l'augmentation du nombre de retraités et pour abroger les réformes successives de la droite, il faudrait augmenter de 6 % la part du PIB destinée à financer les retraites. Ce n'est certes pas une petite somme mais c'est une somme, au total, parfaitement assimilable par une économie dont la richesse augmentera de 1 700 milliards d'euros au cours des 40 prochaines années. En 2050, une fois financés les 204 milliards liés à l'augmentation du coût des retraites, il resterait, en effet, encore près de 1 500 milliards d'euros, chaque année, pour financer les augmentations de salaire direct, les investissements privés et publics... Une paille !

Les trois paramètres de tout régime de retraites

Le rapport du COR de 2001 illustrait parfaitement les choix offerts à notre régime de retraite.

Premier choix : ne pas augmenter les cotisations retraites et ne pas diminuer le montant des retraites. Dans ce cas, il fallait augmenter de 9 ans la durée de cotisation.

Deuxième choix : ne pas augmenter les cotisations retraites et ne pas allonger la durée de cotisation. Dans ce cas, le montant moyen des retraites diminuerait de 78 % du salaire net moyen à 43 % de ce même salaire net. Ce qui signifierait pour un salaire net mensuel de 1 200 euros, une retraite qui diminuerait de 936 à 516 euros. Troisième choix : ne pas allonger la durée de cotisation, ne pas baisser le montant des retraites mais augmenter de 15 points le montant des cotisations retraites entre 2003 et 20040.

Jamais la troisième option présentée par le COR n'a été soumise au débat public alors que c'était de loin la solution la plus acceptable par l'ensemble de la population. 15 points d'augmentation en un peu moins de 40 ans, cela représentait 0,40 point d'augmentation par an. Qui pourrait prétendre qu'une augmentation de 0,25 point de la part patronale des cotisations retraites et de 0,15 point de la part salariale n'est pas préférable à un allongement de 9 ans de la durée de cotisation ou à une baisse de 25 points du montant des retraites ?

Ces trois paramètres ne disparaîtront pas avec l'instauration d'un système à la suédoise, ils seront simplement individualisés et rendus totalement opaques. C'est donc la discussion de cette troisième option qu'il faut imposer au Medef et au gouvernement.

Publication originale Démocratie & Socialisme

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