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Prout dans ton portable

090817


On est une génération télé, (sûrement la dernière) en fait la télé a remplacé la majeure partie du temps de rêve de trois générations, de sorte qu'il y en a une, au pouvoir actuellement, qui a vécu l'entièreté de sa vie a vouloir posséder les rêves des autres ; d'où toute une somme de maladies mentales dont on constate les dégâts : une société malade mentale.

On les connaît toutes par coeur, autant que des milliers de chansons ou de films, tout est mémorisé, et quand l'occasion se présente, on les récite en choeur « avec nos amis qui rigolent ».

Le comique consiste désormais à relater sur internet ce que la télé produit de plus comique, dans ses bouffées délirantes de son effort acharné, où elle s'accroche à un rêve tellement effrité que son niveau mentale a régressé jusqu'à la limite de l'implosion.

C'est une société où le contrôle des masses a pour but de détruire le contrôle des masses.

Car il n'y a pas moyen, il peuvent faire ce qu'ils veulent, se colorer les cheveux en rouge, s'habiller de façon désordonnée, ou faire de prouts dans tous les sens, cela ne fera jamais décrocher le moindre sourire ou même décoller les lèvres.
C'est dramatique les gars. Vous êtes foutus.

Tout ce qu'il y a à voir se situe dans l'acte qui consiste à prendre une position anthropologique et c'est dès lors qu'on reproduit, telle quelle, une pub stupide sur internet que soudain son comique se révèle !

Ce document permettra aux générations futures qui en auront le loisir, le temps et qui seront motivés par l'envie de comprendre comment vivait la génération décérébrée, celle qui préféra cramer toute la terre plutôt qu'admettre la moindre de ses erreurs, ou remettre en cause quoi que ce soit qui lui fut légué verticalement par une télévision dont l'aplomb leur apportait toute la certitudes et les phrases toutes faites dont ils avaient besoin.

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source


Elle est quand même pas mal la télé, entre le feuilletons où (par exemple) des Blacks américains, sensés représenter « l'autre amérique » ne font que de promouvoir une rigueur morale moyenâgeuse et absolument conforme aux principes les plus patriotiques, rétrogrades et puritains qui soient, et l'instant de pause publicitaire qui permet l'échappatoire tant attendu où on a le droit de se décoincer un peu mais à condition d'admettre que c'est débile et temporaire, le cerveau des gens se trouve plongé dans un méandre dont tout sauf la télé peut les sauver.
Sauf que rien à part la télé n'obtient une pareille crédibilité.

On a vu dans certaines émissions des tentatives sincères de faire décoller le niveau intellectuel de ce qui sort de la télé, se trouver inéluctablement et de façon de plus en plus pesante devant l'obligation morale de mentir comme des arracheurs de dents, ou au moins de se protéger (protéger son emploi et sa réputation) en mettant des guillemets et en tournant en dérision les seuls moment où des sujets vraiment réels et importants ont failli être abordés.

Cette pub, fantastiquement symbolique de toute une poque, est diffusée deux fois par spot publicitaire, durant toute la saison d'été 2009, sachant qu'il y a 4 spots par heure et une demi-douzaine de chaînes qui sont dans le coup.
Et aussi que ce n'est qu'une des dix pubs dans du genre.

Techniquement il s'agit d'un matraquage cérébral, une attaque massive qui ne fait pas rire du tout en soi quand on y pense. A force de tabasser la gueule des gens avec ça ça finira bien par détruire le peu d'envie de liberté qui voudrait subsister, dans cette société où il vaut mieux se comporter comme un mongole si on veut garder ses amis.

Toi aussi, fais marrer tes amis si tu en as, et si tu n'en as plus c'est que tu ne les a pas fait assez marrer.
Ou encore : « vérifie si tes amis sont des bons amis si ils rigolent à la blague que tu as acheté au prix de 5 SMS ». Ou encore « toi aussi perd les derniers amis qui te restent en passant pour un pauvre mongole ».

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C'est important de faire un détour par l'explication.
Tout message est en réalité le contraire de ce qu'il dit, si ça dit « c'est drôle », alors par la force de la mécanique ce n'est pas drôle du tout, c'est toujours exactement l'inverse. Bien que ça paraisse facile de dire cela, c'est très raisonnable, il faut comprendre : un message c'est comme un coup de poing dans une pâte à modeler, quand le poing se retire il reste la trace du poing pendant un certain temps, avant que la pâte ne se remettre en place.
Parfois elle se remet mal en place et on croit qu'une difformité appartient à un message alors qu'elle était là avant, ou encore, à force de tabasser la pâte avec ce même message, il fini par ne plus se remettre en place. Enfin avec cette allégorie on peut aussi comprendre la résilience, le fait que grâce au travail intellectuel et l'entretient du muscle nommé « cerveau » par un effort continuel, on acquiert la capacité à se remettre instantanément d'un message, comme si la pâte avait un comportement de ressort, qui renvoie la force et se remet droit aussitôt. Chez les gars fatigués, la pâte reste comme ça un certain temps avant de se remettre en place ; compte-tenu de cela, on peut se figurer l'impact que peut avoir la diffusion ultra-répétitive d'un tel message dit « publicitaire ».

En fait on se demande qui sont les gars qui font ces pubs sachant que le principal intérêt n'est pas de vendre des sonneries de portables. (vous a-t-on dit que les portables nuisaient gravement à la santé ? Bah les pubs pour les sonneries de portables, c'est sûrement pire !).
Le principal intérêt de ces pubs, qui sont vraiment nombreuses, est d'assommer la gueule des gens, de les tabasser moralement et de les abrutir par la méthode agressive des réflex conditionnés, en faisant s'associer de profonds motifs de débilité mentale avec des événements aussi courants que... une sonnerie de téléphone.

Souvenez-vous, avec le chien on associe une clochette à la présentation d'une croquette, et au bout d'un certain temps, même en l'absence de croquette, rien qu'au son de la clochette, le chien se met à saliver.
C'est drôle non ?

Vous savez qu'il se passe des choses gravissimes dans le monde que l'absence de réprobation permet de perpétrer. Quelle place ont les messages publicitaires dans cette apathie sociale ? Soyons francs, elle ne peut pas être nulle.

Et pourquoi ce phénomène d'inversion ? Simplement parce que lorsqu'un message est délivré, aussitôt il est évalué par son emprunte négative, c'est à dire en le contrebalançant avec ce qui permet de le compenser.
Par exemple un coucher de soleil est toujours émouvant, pourquoi ? Parce qu'il est contrebalancé avec tout ce qui est moche dans la vie, tout ce qui est lourd, ténébreux, et même que le cerveau n'arrive pas à en trouver assez pour percevoir le mystère de la beauté du coucher de soleil, c'est à dire qu'il n'arrive pas vraiment à compenser ce message, et il en garde une certaine trace.

Quand on dit « prout » il n'y a officiellement rien à opposer pour compenser ce message, ça reste du domaine corporel, qui nous dépasse, qui concerne le fonctionnement des organes, mais va savoir pourquoi ça fait toujours rigoler.

L'humour de nos jours, c'est une recherche scientifique très sérieuse qui consiste à trouver, dénicher les déclencheurs nerveux qui ne peuvent être réprimés par aucun sens critique, et qui n'ont « officiellement » aucun intérêt à l'être. D'ailleurs même « ça fait rire tes amis » !
Quand on se retrouve comme un connard devant le spectacle d'un comique professionnel (ça c'est vraiment le pire que je connaisse) les gars ont développé une capacité extraordinaire à faire se déclencher des rires-réflexes qui viennent quand même même si on n'a pas envie de rigoler.
Ce n'est pas du tout le même humour que ceui qui consiste à faire voir ce à quoi on n'ose pas penser, comme dans Molière, c'est un humour automatique préprogrammé et activé par des stimuli incontrôlables.
Au bout de quelques minutes, le cerveau (des travailleurs, pas des chômeurs évidemment) empêchés de penser par eux-même toute leur journée, peuvent se réfugier dans ce que j'appelle le limbique, en faisant passer toute sa réflexion par le continuum du tronc nerveux afin de délester totalement la partie intelligente du cerveau, et de toutes les contraintes qu'il subit, à cause du fait justement qu'il est trop mal entrainé et reste sans défense.
Et les gars restent comme ça pendant deux heures, avec un sourire béat, prêts à rire de la moindre sollicitation nerveuse, et souvent un peu déçus de n'avoir émit qu'un micro-rire, mais quand même en gardant cet air content et accroché au plafond.

Ça les gars, c'est une bonne population bien docile.

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Et dès lors qu'on rediffuse cette pub sur le net, ce qui est sûrement interdit et on comprend pourquoi, le message n'est plus perçu avec la même vulnérabilité puisqu'un voile critique permet d'amortir considérablement l'impact du message publicitaire.
Même amoindri le vendeur de sonnerie devrait être content qu'on parle de lui, mais c'est sûr qu'il ne le sera pas ! Autant qu'il est sûr que le but du message publicitaire n'est pas spécifiquement la vente d'un produit par SMS, non ça c'est une couverture.

Le but c'est de nous faire chier.

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