contexte de l'article

autres rubrique


7j tags thèmes urls rss sources charts best vus

A ne pas manquer 45 articles

Favoris





La maturation d'un nouveau cycle de luttes en Amérique latine par Raúl Zibechi

080831:1201 antilibéral * 5 min socio13.wordpress.com mots

La Jornada, traduit par Danielle Bleitrach pour socio13.wordpress.com

Avec l'arrivée au pouvoir de gouvernements progressistes et de gauche dans la région sud-américaine a commencé à se clore  un cycle de luttes sociales initié lors de la décennie de 1960. Durant cette longue période, les forces politiques de gauche et les mouvements populaires ont marché au coude à  coude derrière un projet national - populaire, malgré les dictatures des années  70, projet qui a fini par s'imposer après la décennie néo-liberale des années 90.

Ce projet, ou ce qu'il en reste, est mis en application dans une bonne partie du continent avec une plus grande ou moindre force, selon le rapport des forces dans chaque pays. Parfois on pourra estimer qu'il n'y a pas d'avancées ou que celles-ci sont médiocres par rapport au modèle néo-libéral, tandis que dans d'autres cas l'avancée est importante, malgré les résistances violentes de la droite et des oligarchies affaiblies.  Dans tous les cas, l'accumulation de forces a permis d'aboutir aux résultats actuels, parmi lesquels on peut noter la gestion de l'appareil étatique de la part de dirigeants formés dans les appareils partisans, dans l'institution et les diverses résistances.

Après nous avoir rapprochés à la fin de la première décennie du nouveau siècle, tout indique que les changements intervenus dans les gauches et dans les mouvements populaires sont majeurs. Les chemins de la gauche institutionnelle et ceux des mouvements sociaux divergent. Il serait trop simpliste d'accuser les nouveaux gérants étatiques de problèmes qui sont le fruit de l'émergence d'une nouvelle période historique. Il ne s'agit pas de les disculper des options prises, souvent trop dans la continuité du modèle néoliberal, mais de prendre au sérieux les nouvelles difficultés de les assumer sans restrictions ni excuses.

- Un premier problème surgit lorque l'on constate que les mouvements qui luttent contre le système capitaliste, ou bien, les mouvements anti-systémiques, disposent de moins d'alliés qui dans la période nationale - populaire, ou d'évolution graduée si l'on préfère, dominée par la conservation et la reconstruction d'un Etat providence. D'un côté, une partie de ceux qui ont participé aux mouvements dits sociaux et dans le militantisme de gauche participe aujourd'hui à la gestion étatique. De l'autre, un ample secteur des vieilles classes moyennes a découvert qu'il  a plus d'intérêts communs avec les élites nationales et globales qu'avec les classes populaires. En troisième lieu, il n'existe plus de bourgeoisies nationales, balayées et submergées  par la globalisation et l'expansion du capital financier, alors que jadis à certain moment elles ont apporté un soutien au projet national - populaire.

L'alliance principale est aujourd'hui celle qui peut être construite à l'intérieur du monde du travail, dans son énorme diversité que forment les secteurs populaires qui continuent de résister. Ce que les zapatistas appellent "en bas et à  gauche". D'une  certaine manière c'est une alliance" à l'intérieur ", déjà ne cherchant pas capter des alliés externes.

- Le deuxième problème est que les changements opérés dans le système indiquent que nous ne pouvons pas attendre un type d'"évolution graduée" à partir des intérêts des classes populaires. Mais nous ne devons pas non plus parier sur l'"étapisme", qui correspondrait à  une période, comparable à celle envisgée dans le cycle nationale- populaire, des étapes capables de "préparer" le chemin vers le socialisme.

Le dirigeant du MST (le Mouvement des Sans la Terre du Brésil), Gilmar Mauro, souligne dans une interview à la revue le Débat Socialiste : "Le projet stratégique passe par le dépassement de la vision de la supposée existence d' un mauvais capital, qui serait le financier, et un bon capital, qui serait le productif". Et il ajoute que le projet unique est le "dépassement de l'ordre capitaliste" dans la mesure où il "n'existe aucun bon bourgeois défendant un projet national".

Des transformations antérieures, le dirigeant sans terre déduit au moins deux conséquences additionnelles : l'État est devenu plus complexe, on l'a agrandi à tel point que "au Brésil nous avons 270 mille ONG et institutions répandues dans toute la périphérie en défendant le statut quo social". C'est justement dans ces périphéries, où se dérouleront les scénarios décisifs dans l'avenir immédiat, que les Etats sont devenus capillaires, en déployant à la fois des « plans sociaux » et des bataillons militaires.

Un troisième changement ou un nouveau problème réside dans le fait que "les formes organisationnelles du XXe siècle ont donné un résultat pour cette époque, mais aujourd'hui elles ne sont pas suffisants pour faire face à la réalité complexe mondiale". Dans ce sens, Gilmar Mauro repousse le concept de "accumulation de forces" qui a guidé durant des décennies les gauches, et qui était étroitement lié à la question du parti d'avant-garde.

Il  pense que le MST vit un processus de maturation, basé sur cinq défis :

Etablir des liens entre les mouvements et des "luttes communes", analyser et étudier les changements dans le capital et les classes sociales, faire des recherches comment organiser les précarisés et les sous-employés, travailler pour construire un projet commun avec tous ces secteurs et pour sortir de l'immédiateté sans perspective. Les problèmes que cherche à dépasser le MST sont, dans les faits, très similaires à que se pose « l'autre campagne », impulsée par le zapatisme. Il s'agit moins d'accumuler des forces, un concept toujours linéaire d'une croissance soutenue vers un but, mais d'essayer de créer des espaces et de tendre des ponts pour l'intercommunication entre ceux de la base.

Finalement, Mauro reconnaît que "Lula est mauvais", mais il y a n'a pas d'avantage à opérer des changements en haut puisque les problèmes sont ailleurs: dans la capacité organisationnelle qui permet de modifier une relation entre les classes qui s'avère aujourd'hui nettement favorable au capital. Une maturation est, comme le note le dirigeant sans terre , la parole la plus adéquate pour sentir et assumer ces temps déconcertants. Pour une part  cette maturité semble consister à regarder de moins en moins vers le haut, pour se concentrer dans " ce qui notre" : approfondir une alliance solide horizontale entre eux d'en bas qui permette de relancer un nouveau cycle de luttes, centré sur la construction de pouvoirs "autres" vers un monde socialiste.

socio13.wordpress.com

Réagir à cet article